Les espions sous surveillance

Régulations

Une organisation américaine de défense des droits civiques lance une campagne d’information sur le programme Echelon, le gigantesque réseau d’espionnage électronique que les Etats-Unis auraient mis en place sous l’égide de la NSA.

Si l’existence d’Echelon n’a jamais été confirmée de manière officielle, nombreux sont les organismes et médias qui ont enquêté sur le sujet. Alors que la BBC a recueilli, il y a quelques semaines, les confidences d’un responsable australien, Washington s’enferme dans son silence. L’association américaine des libertés civiques (ACLU) a décidé de s’emparer de la question en ouvrant un site Internet qui se veut un lieu d’échanges sur les activités d’Echelon.

Aux Etats-Unis, de nombreux groupes de pression souhaitent d’obtenir des informations sur les activités de l’agence nationale de sécurité, la NSA. Une commission de la chambre des représentants tente depuis plusieurs mois d’obtenir de l’agence des explications sur ses activités d’écoutes électroniques des citoyens américains. Jusqu’à présent, la NSA s’est retranchée derrière des arguments juridiques pour refuser de livrer ses informations. Le groupe de députés a déplacé le problème sur le terrain législatif en profitant d’un projet de loi sur le financement de l’agence pour lui imposer de publier des rapports officiels sur ses activités. Sans succès, puisque le sénat a refusé de suivre la chambre des représentants.

Avec son site Echelon Watch (en français, observer Echelon), l’ACLU entend informer le public afin de forcer les deux assemblées à se mettre d’accord sur un texte commun. Une commission doit, cet automne, procéder à des auditions des responsables des services d’intelligence américains.

Si elle n’a jamais reconnu le programme Echelon tel qu’il a pu être présenté dans un rapport au Parlement européen ou dans de nombreuses enquêtes publiés par la presse, la NSA ne se cache pas de ses activités d’intelligence. Après tout, c’est la raison même de son existence. Cette “transparence” va même jusqu’à permettre aux chercheurs qu’elle emploie de déposer des brevets, et donc de se faire une idée de ses compétences techniques en matière d’écoutes.

Un brevet accordé à la NSA le 10 août dernier décrit de manière précise une technologie d’extraction des thématiques abordées dans les documents écrits. Un système conçu en 1997 qui permet, à l’aide d’outils informatiques, de repérer des contenus témoignant, par exemple, d’une menace sur la sécurité des Etats-Unis.

Le document décrit en détail les algorithmes utilisés pour “noter”, puis classer, les textes en fonction des thèmes qu’ils abordent. Les auteurs du brevet précisent que ces textes peuvent provenir d’une transcription vocale et que leur langue n’est pas forcément la langue de travail. Il n’en faut pas plus pour renforcer les soupçons qui pèsent sur l’agence, accusée d’avoir mis sur pied un gigantesque réseau international d’espionnage des communications. Si rien ne permet d’affirmer que ces technologies sont opérationnelles, on imagine aisément que la NSA ne se contente pas de travailler sur les chiens et les loups, comme les exemples donnés dans le texte du brevet pourraient le laisser entendre.

Pour en savoir plus: Echelon Watch


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