Les hoquets d’Intel

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Retard dans la production, retour de produits, diversification en tous genres, Intel peu à peu casse son image de fondeur leader du marché PC pour devenir une société aux contours un peu flous. Et perd en même temps ce qui a fait sa force, c’est à dire la qualité et le sérieux de ses produits.

Malgré des résultats financiers qui n’ont jamais été aussi bons, le marasme semble perdurer chez le numéro un mondial des processeurs. Alors qu’AMD n’a jamais été aussi dynamique (voir édition du 29 mai 2000), Intel semble un peu en retrait en ce moment sur le marché des processeurs. La société cherche en effet depuis quelques mois à se diversifier à outrance dans les domaines des équipements réseaux et des services Internet, au détriment de son métier de base diront ses détracteurs. Résultats de cette tendance, alors que le marché des semi-conducteurs n’a jamais connu une telle croissance, Intel collectionne les problèmes en la matière et son image de marque s’est franchement écornée ces derniers mois.

Première mauvaise nouvelle, les problèmes concernant le chipset i820 et la mémoire SDRAM ne devraient pas être entièrement résolus avant l’automne (voir édition du 21 février 2000). Conséquence directe de ce fait, le processeur multifonction Timna (voir édition du 11 avril 2000), qui devait s’appuyer sur un chipset proche du i820 et sortir à la fin de l’année 2000, est retardé jusqu’au premier, voire second, trimestre 2001. Bizarrement, alors que ce processeur a été pensé pour des machines économiques, Intel voulait l’intégrer sur une carte mère comportant des ports de mémoire RD-DRAM (Rambus). D’où l’utilité de rajouter un module MTH (Memory Hub Translator) pour connecter de la mémoire SD-RAM, moins onéreuse. Mais le MTH ne fonctionnant pas avec la SD-RAM, tous les plans d’Intel tombent à l’eau et les ingénieurs doivent plancher sur un nouveau type d’Interface pour la SD-RAM. Visiblement, cela aurait été trop simple pour le fondeur de reprendre le contrôleur mémoire du chipset 440BX (celui des Pentium II et des premiers Pentium III), qui lui fonctionnait très bien.

Toujours coté cafouillage, les premiers tests des processeurs Willamette, entre-aperçu ça et là au détour de différents salons, montrent des performances très modestes, largement inférieures à celle d’un Pentium III. Bien que le Willamette soit encore en période d’évaluation, il est quand même paradoxal que le successeur du Pentium III lui soit inférieur. Parfois, faut-il mieux attendre avant de présenter un produit…

C’est d’ailleurs ce que fait le fondeur avec l’Itanium, qui pour l’instant n’a droit qu’aux honneurs des développeurs et constructeurs partenaires. C’est d’ailleurs le seul point de satisfaction réelle à l’heure actuelle pour le fondeur, le produit étant très attendu dans le milieu des entreprises. Car pour le reste, la situation risque de se dégrader. D’une part AMD, avec ses nouveaux produits extrêmement compétitifs, risque de prendre encore plus de part de marché à Intel sur le segment des PC domestiques. D’autre part, si Timna est retardé, on peut penser que tout le programme de développement du processeur de la console X-Box de Microsoft, qu’Intel a arraché à AMD au dernier moment, sera lui aussi retardé. Or Microsoft joue une bonne part de son avenir avec cette console et verrait d’un très mauvais oeil des retards de livraison pour une raison ou une autre. A moins que d’ici là Intel ait réellement changé de métier et soit devenu la Net-Company qu’elle prétend vouloir devenir…


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