Peering et streaming : une dissonance entre Qobuz et Orange

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Au nom de ses clients, Qobuz fustige Orange à propos de la difficulté d’accès à son service de musique HD en streaming. Plongez dans l’antre du peering (interconnexion réseaux).

La plateforme de musique en streaming Qobuz est remontée à l’encontre d’Orange. La société éditrice (Xandrie, filiale de Groupe Thébaud) fait face à une vague de mécontentement de clients qui se connectent à son service via l’opérateur (4G et haut débit).

Mais, depuis plusieurs semaines, ils rencontrent des soucis d’accès à Qobuz. Chez Orange, des experts techniques confirment des « dysfonctionnements » liés à des capacités d’interconnexion entre Orange et des opérateurs de transit IP comme NTT et Telia.

Ce scénario ne vous rappelle rien ? L’affaire du peering qui éclate entre Orange et Cogent en 2011.

A l’époque, des abonnés Orange s’étaient plaints de la difficulté d’accéder à Megavidéo/Megaupload (plateforme de partage de vidéos et fichiers de Kim Dotcom, cliente de Cogent mais fermée depuis en raison des infractions copyright).

Le groupe télécoms de Stéphane Richard s’était plaint à l’époque d’un déséquilibre flagrant en termes de bande passante échangée entre les réseaux : Cogent, plutôt virulent sur le sujet à l’époque,  envoyait à Orange treize fois plus de trafic qu’Orange dans le sens inverse.

La charge est trop importante à supporter. L’opérateur télécoms change de modèle : il va utiliser son propre prestataire interne spécialisé Wholesale (Orange Open Transit Internet) plutôt que de blinder l’interconnexion directe avec Cogent.

Un système de modèle et de facturation (qui tourne en sa faveur) qui a été validé en justice et par l’Autorité de la concurrence chargée d’arbitrer sur ce conflit.

« Qui paie quoi dans la bande passante »

Revenons sur le cas de Qobuz et de ses abonnés Orange : les problèmes d’interconnexion réseaux et de capacités de bande passante attribuée seraient similaires.

La plateforme de musique en streaming résume la situation ainsi : « Les problèmes étaient dus à des interconnexions insuffisantes entre ORANGE et d’autres opérateurs tels que NTT Communications et TELIA, en raison d’un conflit entre ces sociétés, qui porte sur la question du ‘qui paie quoi’ de la bande passante. »

En règle générale, le streaming audio ne constitue pas un souci en termes de gestion de bande passante. Et la base de clients de Qobuz n’a pas atteint la taille d’un Spotify ou même d’un Deezer. En revanche, la plateforme propose du streaming Hi-Res 24-Bit (de la musique Haute Fidélité mais non compressée) à ses abonnés premium.

Qobuz dénonce le comportement d’Orange, suspecté de favoriser le service ‘ »maison » de musique en streaming mis à la disposition de ses abonnés : Deezer (en fait l’opérateur télécoms n’a plus qu’un statut de d’actionnaire minoritaire).

Déjà en 2014, lorsque Qobuz était encore détenue par son fondateur Yves Riesel (qui a passé fin 2015 le relais à Xandrie en raison de difficultés financières), la question s’était posée de dénoncer l’accord Orange – Deezer devant l’Autorité de la concurrence.

Le contexte a un peu changé : fin 2016, Qobuz a même signé un accord de distribution avec Orange…Belgique.

Mais la question du peering demeure un point sensible : « Nous en appelons aux pouvoirs publics et aux autorités de régulation afin qu’ils nous aident à faire cesser ce trouble manifeste », déclare Qobuz dans son communiqué.

Interrogé sur cette polémique par NextInpact, Orange répond qu’il « n’est en rien responsable de la qualité des services de Qobuz qui a confié le traitement et l’acheminement du trafic de ses contenus à un tiers », et « conteste vivement » toute discrimination.

Le groupe télécoms précise ce point : c’est à la charge de Qobuz et de son opérateur de transit IP tiers de s’assurer que la capacité de bande passante soit suffisante pour satisfaire les clients de la plateforme de musique en streaming (« une situation qui pénalise nos propre clients »), précise Orange.


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