Projet Ara : un lancement à tire-d’aile avec Android L modifié

Mobilité

Alors qu’il n’est plus qu’à quelques encablures d’une commercialisation, le projet Ara de Google s’agrémente de nouvelles fonctionnalités intéressantes et révélatrices d’un bouleversement à venir.

Sans mentir, le ramage du Ara devrait largement se rapporter à son plumage. En témoignent les nouvelles informations glanées dans une session keynote donnée par Paul Eremenko, chef de projet pour le projet Ara. Il ne s’agit pas d’un perroquet mais bien d’un smartphone et plus précisément d’un projet de smartphone modulaire lancé par Google.

On apprend ainsi que son lancement commercial est prévu pour début 2015. A l’origine, le concept alors baptisé Phonebloks (en hollandais) a été imaginé par Dave Hakkens, un néerlandais de 25 ans.

Sa vidéo publiée sur YouTube avait fait un tel buzz que Motorola Mobility, alors filiale de Google, s’était emparé de l’idée pour lancer le projet Ara. Ce dernier a été conservé par Google alors que Lenovo faisait l’acquisition de Motorola Mobility en janvier 2014 pour 2,91 milliards de dollars.

La philosophie soutenue par le projet Ara est d’associer des modules sur une base afin d’assembler un smartphone. Un produit qui ne demande qu’à être désassemblé par petites touches, ou plutôt modules, pour changer tantôt le stockage, tantôt le module photo…

Le téléphone modulaire est né et s’apparente largement au Personal Computer (PC) dont le principe consiste à le faire évoluer par des changements de cartes ou de composants.

L’ère post-PC devrait donc ironiquement se nourrir du principe des PC que les usages mobiles tuent à petit feu. La boucle est bouclée et tandis que le projet devrait, lui, être bouclé dans première phase pour début 2015, le premier prototype de smartphone Ara entièrement fonctionnel devrait être dévoilé en décembre prochain.

Le développement s’est fait en partenariat avec des sociétés comme Quanta, Toshiba, Rockchip, Foxconn et d’autres qui ont l’occasion de proposer un ou plusieurs modules. Google a également associé au projet des acteurs de moindre envergure tels que Laird Technologies (spécialisé dans le blindage électromagnétique) et Array labs.

Autre information et non des moindres, les smatphones modulaires du projet Ara tourneront sous une version customisée d’Android L, la prochaine mouture de l’OS mobile de Google. C’est Linaro qui s’y est collé, une association à but non lucratif dont la vocation est d’optimiser des logiciels libres évoluant sous un noyau Linux et développés pour les architectures ARM.

Cette version spéciale d’Android L permettra notamment de changer les modules à chaud, c’est-à-dire sans éteindre l’appareil. A la volée, il sera donc possible d’ajouter du stockage ou un module supplémentaire, ou encore de changer d’appareil photo pour une focale différente. Ecran, processeur et batterie seront les seuls modules exemptés de cette possibilité. De nouveaux usages donc qui seront associés à un marché nouveau.

Ara peut en effet être qualifié de projet disruptif tant il promet de bouleverser le marché de la mobilité, avec le potentiel d’entrainer dans son sillage de nombreux secteurs et acteurs. Il porte en lui un incroyable potentiel de personnalisation, le premier pas dans ce sens ayant été le site Moto Maker (outil de personnalisation en ligne très poussé) associé au Moto X.

De quoi bouleverser le cycle actuel de changement des smartphones qui est de une à deux années, en faisant évoluer son smartphone par petites touches, un véritable frein à l’obsolescence en somme.

Google devrait d’ailleurs largement miser sur cet aspect avec le lancement d’un Store similaire dans sa forme au Google Play : l’utilisateur y commandera des modules plutôt que des applications. On entrevoit déjà un nouveau business model pour la firme de Mountain View.

Restera l’épineux problème de certification du smartphone qui passera entre les mains de la FCC (Federal Communications Commission), l’autorité de régulation des télécommunications aux Etats-Unis. Il est fort à parier qu’il sera difficile pour ces smartphones à géométrie variable d’obtenir le coup de tampon de l’agence américaine.


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