Station de travail : quelle place dans le parc informatique en 2017 ?

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Une station de travail, pour quoi faire ? Dell France a proposé un panorama entre un studio de production, un institut de recherche et une start-up de la réalité virtuelle.

Que cela tienne au facteur économique, à la mobilité des utilisateurs ou aux considérations de propriété intellectuelle, il y a encore des raisons de ne pas tout déporter dans le cloud.

Constat partagé par Lionel Million, Alexis Brunet et Christian Ronget, intervenus ce jeudi dans le cadre d’un point presse organisé par Dell à l’occasion des 20 ans de sa gamme de stations de travail Precision.

Le premier représentait l’INRA (Institut national de la recherche agronomique), pour lequel il gère, sur le site de Bordeaux, l’industrialisation de la gestion du poste de travail Microsoft.

Le deuxième a cofondé, l’an dernier, la start-up VR Solutions, qui exploite la réalité virtuelle principalement à destination des promoteurs immobiliers, pour la visite de logements encore sur plan.

Le troisième est producteur pour La Station Animation, société de production créée en 2002 et positionnée depuis quelques années sur le marché des films d’animation.

Puissance et rapport au temps

Plus ou moins de GPU, des puces Core i plutôt que Xeon, de l’achat ou de la location… Au fil des témoignages, on perçoit la diversité des besoins de ces organisations.

Du côté de l’INRA, on raisonne essentiellement en termes de puissance de calcul avec, pour illustration, l’étude de l’ADN d’un champignon qui parasite les céréales.

Lionel Million se souvient : lorsqu’il est arrivé à l’Institut en 1995, il fallait des années pour sortir un génome complet. Puis les méthodes de séquençage se sont améliorées avec l’arrivée de technologies comme Illumina.

Au début des années 2010, avec une configuration en Core i5 quadricœur à 16 Go de RAM, la durée du calcul avait été réduite à quelques heures.

C’est désormais une question de minutes avec une station de travail biprocesseur (2 x 10 cœurs) à 256 Go de RAM dotée d’un SSD de 1 To ; en l’occurrence, une unité de préproduction de la Dell Precision 7920.

Quatre ans avec la recherche française

« En un mois de prêt, elle a fait autant de calculs qu’en plus d’un an auparavant », affirme Lionel Million.

Elle, c’est la chercheuse chargée d’étudier les quelque 15 000 gènes dont se compose l’ADN du champignon en question, afin de déterminer dans quelles conditions il est susceptible de produire une molécule appelée mycotoxine.

Les céréales contaminées par ce biais paraissent saines, mais peuvent entraîner, chez qui les consomme, des complications allant jusqu’à la mort – l’affaire du Pain maudit, qui a frappé la France au début des années 1950, en est un exemple.

Pour les chercheurs, une manipulation classique implique une douzaine de fichiers de 15 Go de texte dans lesquels l’unité minimale est le codon, soit une séquence de trois nucléotides (molécules de base de l’ADN). Chacun d’entre eux nécessite, avant traitement, un contrôle qualité qui représente 400 millions de lectures.

Dell est seul fournisseur de l’INRA pour les postes de travail fixes et portables, les stations de travail, les serveurs et les solutions d’infrastructures accessoires, au nom d’un accord-cadre entré en application le 1er juillet 2017 pour une durée de quatre ans.

Le contrat ne s’arrête pas là pour le groupe américain : il est signé par Matinfo, groupement d’achat de matériel informatique pour l’enseignement supérieur et la recherche en France (Lionel Million est membre du comité de pilotage).

Du sol au plafond

Secondaire pour l’étude génomique, l’utilisation du GPU est, au contraire, au cœur de l’activité de VR Solutions.

Avec une équipe issue principalement du monde du jeu vidéo, la SAS montpelliéraine fondée à l’été 2016 s’est spécialisée dans la création de contenu pour les casques de réalité virtuelle.

Au-delà de la visite de bâtiments recréés à partir des plans 2D ou des fichiers 3D des architectes additionnés de photos aériennes 360 °, elle a développé une borne tactile à destination des vendeurs de revêtements sols et murs.

Un prototype a par ailleurs été développé avec Dell dans le domaine de la formation, à travers la visite d’un environnement de datacenter.

La modélisation d’un appartement prend, en moyenne, deux à trois semaines, en incluant la prise de photos et la conception de l’expérience utilisateur (ajustement des textures et des lumières avec Unreal Engine, programmation du menu d’interaction sur le casque).

VR Solutions a choisi de s’équiper intégralement en stations de travail mobiles, pour une équipe « en mouvement ».

« On n’est pas dans un open space où tout le monde vient à 8 heures et travaille sur la même machine », résume Alexis Brunet. Et Lionel Million de préciser que l’INRA en est « à 50 / 50 » avec les stations de travail fixes.

Du court au long métrage

Chez La Station Animation, on a exclu, pour des raisons de sécurité et de propriété intellectuelle, le recours à des ressources cloud.

Après avoir produit spots publicitaires (CIC, Bjorg, Volkswagen…), courts métrages et séries, le studio a ajouté une corde à son arc au début des années 2010 : le long métrage, avec un premier film d’animation baptisé L’Illusionniste.

Son plus gros succès, il l’a obtenu avec Sahara, sorti en salles en février dernier et qui a totalisé 1,2 million d’entrées. Netflix en a acquis les droits de diffusion – en le revendiquant au passage comme une de ses « productions originales » – et le film a également été vendu sur le marché chinois.

Du premier concept à l’exploitation commerciale, près de dix ans se sont écoulés, avec une question latente : comment se faire une place quand on a cinq, dix, trente fois moins de budget que des majors comme Pixar pour un film de même durée (80 – 90 minutes) ?

Dans ce contexte, les investissements vont prioritairement « dans le créatif, littéraire et pictural » et non pas dans la technologie, explique Christian Ronget.

Pour autant, avec de tels cycles de développement, il est important, pour assurer le financement de la société, d’assurer des prestations annexes… et donc de se maintenir au niveau d’exigence de studios concurrents.

Désert ou banquise ?

N’étant pas parvenu à réunir tout le financement nécessaire pour Sahara (malgré un partenariat avec Mandarin Films, la société de production d’Éric et Nicolas Altmayer, qui a dans son portefeuille OSS 117 et Brice de Nice…), La Station Animation a créé avec la société Mikros Image une coproduction franco-canadienne. Ce qui lui a permis d’obtenir, sur place, un crédit d’impôt plus compétitif qu’en France.

Toute la partie création est restée dans l’Hexagone ; pas la fabrication. La structure du parc informatique s’en est ressentie : les stations de travail les plus puissantes se sont retrouvées à Montréal, pour l’éclairage, la composition et les effets spéciaux.

La partie composition a été réalisée avec une dizaine de personnes, quand les studios U.S. en sollicitent jusqu’à 60, à en croire Christian Ronget.

La Station Animation a, en l’occurrence, capitalisé sur son équipe d’artistes dans l’optique de minimiser les calculs de rendu pour obtenir la qualité de lumière et de couleur souhaitée.

Sur le modèle de Blue Sky, producteur de L’Âge de Glace « arrivé il y a une dizaine d’année avec des budgets quatre fois moindres que ceux de Pixar », la PME parisienne a opté pour un décor minimaliste. Non pas la banquise (dont elle avait eu l’idée au début du projet), mais le désert.

En toile de fond, une contrainte : écrire une comédie d’aventure « qui ne passe pas comme  un film franco-français dans le look », pour des raisons de réception critique.

Au final, le film est revenu à 100 000 euros la minute (sans compter, entre autres, les acteurs sollicités pour le doublage des voix). De la préproduction à la mise en place de la maquette, une centaine de personnes auront été impliquées.

Le Studio Animation a misé sur une exploitation des stations de travail en dehors des heures de travail pour faire du calcul d’images.

Un parc de 80 machines, essentiellement en Core i7, suffisent aujourd’hui pour produire une série en HD (soit 600 minutes calculées à 24 images par seconde).

Sans viser le photoréalisme, les besoins de calcul peuvent être importants avec l’augmentation régulière de la taille des images, parallèlement à l’évolution des équipements de diffusion (LG vise la 8K pour 2019).

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Photo d’illustration : Alexis Brunet


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