Un des créateurs du Mac veut changer d’interface

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Jef Raskins, le créateur du projet Macintosh dans les années 80, explique dans un livre qu’il est temps d’abandonner les interfaces graphiques actuelles pour en proposer de meilleures, plus faciles à utiliser. Il en profite pour détailler le projet sur lequel il est en train de travailler.

Jef Raskins est sans doute le créateur le moins inconnu du Macintosh : le nom “Macintosh”, c’est lui (il s’agissait de sa Pomme préférée, à l’époque), la formalisation du projet, encore lui. Il a commencé à travailler dessus au tout début de 1979, présenté le projet à Mike Markkula, le patron d’Apple de l’époque, en mars de la même année et l’a lancé officiellement en septembre 1979, alors que Jobs lui-même se penchait plutôt sur le projet Lisa. C’est encore lui qui a demandé à Jobs de venir visiter le PARC (Palo Alto Research Center) Xerox et l’a convaincu des avancées possibles des interfaces graphiques. Recruté par Jobs, il a monté une équipe composée, entre autres, de Bill Atkinson qui contribua à améliorer les idées de Jef Raskins.

Interrogé par Computerworld, Jef Raskins remet le couvert en précisant le futur des interfaces, tel qu’il l’envisage. Il s’agit un peu de son cheval de bataille. L’auteur a en effet déjà réalisé un grand nombre de remarques dans ce domaine dans plusieurs articles en ligne, comme dans Wired, par exemple. Pour Jef Raskins, l’interface graphique n’a pas connu d’évolution notable depuis qu’il l’a inventée et mise au point pour le compte d’Apple (après l’avoir initiée pour Xerox)… Et il ne s’agit pas seulement d’une remarque concernant le Mac : “Il ne s’agit pas d’un problème propre à Wintel ou Linux ou Sun, non plus. C’est un problème humain. J’attends encore un ordinateur avec lequel un utilisateur est content de la façon dont on le “traite”. La plupart des difficultés sont dues à une mauvaise conception de l’interface. Cela signifie des logiciels trop complexes, l’absence de manuels et des aides qui nécessitent elles-mêmes de l’aide !”“Windows 2000 ? Une vraie nuisance !”

Selon Jef Raskins, l’apparition d’interfaces plus faciles à utiliser doit abaisser les barrières psychologiques des utilisateurs et leur permettre d’être plus productifs. Les bénéfices physiques sont évidemment à l’honneur : moins de stress pour le squelette (la main notamment), s’il y avait moins de touches à utiliser, de souris ou de boutons à pousser… Sans parler des interfaces adaptatives qui sont selon Raskins un véritable désastre. L’auteur fait notamment référence à Windows 2000, qu’il qualifie de nuisance, en raison de la désorientation des utilisateurs que le système engendre par ses changements en fonction de l’utilisation quotidienne qu’ils en font. “Ce qu’il faut, c’est un environnement stable, qui fonctionne bien dès le départ, qui ne plante pas, ne perd pas votre travail et qui ne change pas… Linux est [de ce point de vue] un grande déception. […] Dans mes concepts de nouvelle interface, tout ce dont vous avez besoin est mis à votre disposition. Il suffit de “zoomer” pour vous retrouver dans un texte ou un graphique sur lequel vous voulez travailler. Aucun besoin de fenêtres, que vous devez ouvrir, fermer, bouger…”La simplicité d’utilisation, clé de la relance du secteur des nouvelles technologies ?

Et le créateur du Mac d’ajouter qu’il est possible d’intégrer toutes les applications dans une structure uniforme capable d’éviter à l’utilisateur d’avoir à réapprendre à chaque fois l’utilisation d’une application. L’une des solutions est d’adapter les commandes réellement nécessaires à l’utilisateur et de ne pas avoir besoin d’applications “gargantuesques”. Raskins a fait des tests avec des utilisateurs néophytes qui apprennent à utiliser ses concepts en quelques minutes et en tombent éperdument amoureux, à tel point qu’ils trouvent difficiles de revenir aux interfaces du Mac ou de Windows ! Et de conclure que la phase d’acceptation de l’ordinateur par le public a atteint son paroxysme et que pour relancer la consommation, l’adoption d’une facilité d’utilisation encore plus grande serait un moyen privilégié. On a hâte de voir les résultats des cogitations de ce précurseur.

Pour en savoir plus :

L’éditeur de Jef Raskins, Addison Wesley (en anglais)


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