Le nouvel iBook reste au G3

Mobilité

Au bout d’un habituel cycle de renouvellement de presque six mois, Apple a discrètement mis à jour son iBook. Il embarque toujours le désormais vénérable G3 et n’inclut aucune des nouveautés technologiques lancées en janvier. Avec ce modèle, Apple atteint ses limites en stratégie processeur et marketing.

C’est fort discrètement que la firme de Cupertino a modifié sa ligne de portables grand public. L’iBook est désormais disponible à 900 MHz, mais toujours en G3 (un PowerPC 750FX d’IBM) avec une carte graphique ATI Radeon 7500 dotée de 32 Mo de VRAM et surtout des disques durs à la capacité doublée comparé à ses prédécesseurs (voir édition du 6 novembre 2002). Les lecteurs optiques proposés vont du simple CD-Rom au combo (capable de lire des DVD et de graver des CD). Sur les quatre modèles, les deux premiers sont toujours équipés d’un écran 12 pouces et de 128 Mo de mémoire vive – franchement mesquin pour Mac OS X ! – tandis que les deux modèles haut de gamme présentent un écran de 14 pouces et 256 ou 384 Mo de Ram. Ces nouvelles machines ne sont donc pas spécialement des modèles d’innovation… Pas d’Airport Extreme, pas de Bluetooth, pas de G4 ! L’ordinateur garde son vénérable G3 (voir édition du 24 janvier 2003) non équipé de l’AltiVec, pourtant considéré comme de plus en plus indispensable pour les applications multimédias et la stratégie de hub numérique d’Apple ! Les machines viennent même empiéter légèrement sur le bas de gamme de ses PowerBook : elles ont été comparées aux iBook à 800 MHz et leur concèdent quelques secondes de rapidité sur certaines actions, comme l’avait fait remarquer le site Cube-Zone le 5 février dernier. Le principal avantage de ce portable à la formule éprouvée concerne son rapport performance/prix difficile à battre, même côté PC. L’entrée de gamme à 1 314 euros tout compris n’est certainement pas la meilleure affaire mais se présente comme l’une des machines les moins chères du marché. Dès qu’on passe aux modèles supérieurs, chaque euro s’avère bien dépensé, notamment grâce à la présence du lecteur combo et à la très bonne autonomie de la machine – près de 5 heures selon Apple, mais on peut globalement la diviser par deux en utilisation réelle. Autre avantage à noter, le coût de l’espace disque supplémentaire offert sur l’Apple Store : entre 75 et 110 euros pour passer à 60 Go. Un tarif correct – on trouve des disques 60 Go IBM à environ 110 euros TTC dans le commerce – car il comporte la mise en place du volume. Ces améliorations techniques arriveront-elles à endiguer la chute des ventes (- 16 % en valeur sur le dernier trimestre) et relancer son succès initial (voir édition du 23 mai 2001) ? A voir…

Les limites de la stratégie d’Apple

Le lancement du nouvel iBook 900 MHz marque les limites de la stratégie des processeurs de la firme : impossible d’embarquer le G4 à l’intérieur des iBook, alors même que la clientèle le réclame dans les produits grand public, des applications comme iMovie ou Keynote étant assez gourmandes en puissance. Sans oublier la problématique de cannibalisation des lignes de portables de la firme : les PowerBook 12 pouces ont mis à mal les ventes d’iBook lors du dernier trimestre fiscal (voir édition du 17 avril 2003). Mais ce n’est pas tout : les restrictions subies par Apple en termes de performances sur les G4 ne lui permettent pas non plus de fournir le meilleur de ses innovations à sa clientèle. Ainsi du PowerBook 12 pouces, qui ne dispose pas de mémoire cache de niveau 3. La comparaison avec un PowerBook équipé montre l’importance de cette “béquille”. Techniquement parlant, la firme a donc sans doute fait des efforts très importants pour tirer parti de chaque processeur mis à sa disposition. Mais les règles du marketing lui imposent aussi une segmentation destinée à différencier ses lignes de produit. Du coup, l’iBook, qui mériterait de passer au G4, pourrait n’en disposer qu’à partir de sa prochaine révision (en octobre prochain ?). Au delà, la mise à jour du nouvel iBook conforte la politique de désynchronisation des lancements de machines d’avec les grands salons de la Pomme. La firme semble passer à une politique de mise en avant de ses logiciels au détriment de son matériel. On retrouve cet état d’esprit sur le nouveau design de l’Apple Store (uniquement la version américaine pour le moment) où les ordinateurs de la société sont désormais segmentés en deux grandes catégories : machines portables et machines de bureau. Comme pour souligner que le contenu aura désormais plus d’importance que le contenant… Un comble pour le constructeur le plus féru de design !


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